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15 février – 31 mars 2022
 

Chiot de garde

Texte
Peer Wittenbols
Traduction
Gerco de Vroeg
Mise en scène
Simon-Élie Galibert
Spectacle produit par le
ThéâtredelaCité

Distribution

Texte
Peer Wittenbols
Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par
Gerco de Vroeg
avec la collaboration de
Laurent Muhleisen et d’Esther Gouarné
Mise en scène
Simon-Élie Galibert
Avec
Jeanne Godard Angie Mercier Marie Razafindrakoto Christelle Simonin

Production ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie

Informations

Dans les établissements scolaires partenaires (cycle 3)
Durée estimée 1h30


À partir de 9 ans

Saison 2021-2022
Créé ici
AtelierCité
Créé à Toulouse
En famille
Nouveau 21-22
Théâtre

Résumé

Quand la mort s’immisce dans la cellule familiale les fondations tremblent, tout bascule ; enfants et parents tentent de faire face mais tou.te.s sont égaux face à la mort. Dans Chiot de garde, Peer Wittembols raconte l’histoire d’une mère et ses deux filles vivant au ralenti à la suite de la mort du père. Il dépeint une mère qui s’est laissée aller à son chagrin et ses deux jeunes filles qui ont pris les responsabilités quotidiennes, mais tout vient à changer quand débarque Wolf, le petit voisin d’en face qui, sous-prétexte d’un exposé sur le thème de la mort, va s’immiscer dans la famille et les aider à faire le deuil du père.

Journal

Dossiers et reportages

DOSSIER : L’ATELIERCITÉ

Publié le 17 novembre 2021

Depuis deux ans, malgré les théâtres fermés et les publics confinés, l’AtelierCité, la troupe éphémère du ThéâtredelaCité, n’a pas chômé. De la création du Tartuffe à la tournée de Faustus à venir dans les lycées d’Occitanie, des toutes dernières créations Sans fins. et Chiot de garde aux seul∙e∙s en scène d’ancien∙ne∙s de l’AtelierCité (La Fugue, J’ai rêvé d’un cafard…), la variété des propositions qu’ils∙elles nous donnent à découvrir cette saison témoigne de la belle vitalité du dispositif.

Entretien avec Simon-Élie Galibert

D’où vient l’idée du spectacle ?
L’idée de Chiot de Garde vient d’un coup de cœur de lecture au cours d’un festival des écritures contemporaines organisés avec la Maison Antoine Vitez, le TNS (où j’ai été élève à la mise en scène), et le Théâtre du Nord. Aussi depuis quelques temps, je me promène avec ce texte en poche comme la possibilité de monter un jour un spectacle adressé à tous publics. L’occasion s’est présentée cette année quand j’ai pu réunir, grâce à l’AtelierCité, la bonne équipe pour le projet. De plus, c’était pour moi important d’inventer ce genre de petites formes, auxquelles je me suis rarement confronté. La force du texte réside principalement dans la possibilité de mettre enfants et adultes à égalité face à la compréhension et à l’acceptation de la mort, c’est un thème toujours complexe à aborder, parce qu’à la fois galvaudé et tabou. C’est donc un coup de cœur et une rencontre avec un texte qui m’ont mené à proposer ce projet au ThéâtredelaCité.

Quelle est l’histoire ?
Quand le jeune Wolf vient frapper à la porte de la maison, les filles Evi et Mara ne le connaissent pas ; depuis le temps qu’elles sont là, presque enfermées avec leur mère, qui ne se remet de la mort du père, elles se méfient de tout ce qui viendrait perturber leur équilibre précaire. Wolf, lui, c’est le voisin d’en face, aux intentions troubles ; ce qu’il souhaite d’abord c’est pouvoir les questionner sur la mort puisque c’est le thème de son prochain exposé… Mais cela s’avère n’être pas si simple… Car, quand la mort s’immisce dans la cellule familiale tout tremble, bascule ; enfants et parents tentent de faire face mais tou.te.s sont égaux face à la mort.
Il y a donc les filles, Evi et Mara, deux sœurs que la mort a réuni, et poussées à grandir beaucoup trop rapidement.
Il y a la mère, que le choc de la mort a cloué au lit depuis si longtemps maintenant, comme une enfant apeurée.
Et il y a Wolf, le loup, l’étranger qui va souffler ses questions, ses solutions et faire s’effondrer la maison de paille dans lequel s’était réfugiée la famille.

Quels sont les thèmes abordés ?
Les thèmes sont donc la mort et son cortège d’émotions, d’incompréhension et de stupeur. Mais aussi et surtout c’est une pièce sur la parole sur le soin et la performativité de la parole, la nécessité de l’autre dans la reconstruction, dans la compréhension du phénomène traumatisant qu’est la mort. C’est une pièce sur la communauté et la mort, sur la réunion dans l’incompréhension et la possibilité de dépasser cette incompréhension existentielle et inhérente à la condition humaine, pour l’accepter et avancer…

Comment la pièce est-elle jouée ?
C’est avec des airs de contes minimaliste que Chiot de garde aborde ces questions, ces problématiques. C’est en partant du théâtre en tant qu’art de la parole et de la performance que l’auteur propose une lecture du phénomène. Croisant des signes facilement lisibles – éléments constitutifs des contes (la cellule familiale, la mère au lit, les enfants face à la perte d’un parent, le loup intrusif représentant la peur, la peur de l’autre, de l’extérieur…) – et une grande modernité (un minimalisme puissant, une performativité des rôles (des adultes jouent des enfants responsables, et des adultes perdues retombés en enfance, uniquement grâce à la parole), une croyance intacte dans la possibilité d’une parole  simplement réparatrice (et non cathartique)…) que l’auteur propose une lecture du phénomène de la perte de l’autre. C’est une pièce sur le partage et l’attention à l’autre, aussi elle appelle l’intime, la simplicité, la limpidité et la dignité.

Qu’est-ce qui vous a amené à devenir metteur en scène ?
J’ai toujours fait du théâtre, depuis l’école primaire, où je suivais, à Auch (Gers) un atelier d’improvisation, puis des cours au sein de l’atelier théâtre de mon collège auprès de Christian Delpech (Atelier de l’Arlequin), puis je suis monté à Paris, où j’ai suivi des cours dans diverses écoles privées, pour finir par intégrer l’école du TNS à Strasbourg dans la section Mise en scène. Évidemment j’ai commencé en jouant, comme tout le monde, j’y prenais du plaisir, mais cela demandait un dépassement trop inconfortable pour moi, et j’aimais profondément regarder les comédien.ne.s, les aider, les guider. Mais surtout j’ai aussi toujours aimé le cinéma, depuis tout petit je me suis intéressé à cet art et j’ai désiré longtemps devenir réalisateur, je voulais composer créer un monde dans son ensemble, établir ses règles. Le théâtre, cependant, m’est apparu encore plus puissant pour m’exprimer car il prenait en compte deux composantes passionnantes, celle de la répétition, au cours de laquelle s’invente une vie commune, de laquelle est issue la qualité d’un spectacle et celle du public, du temps partagé dans un espace donné. Il y avait une valeur vie dans l’art du théâtre que j’aimais immensément.  Je pouvais grâce au théâtre, à sa boite noire, inventer un monde entier où au-delà des images, des acteur.rice.s pouvaient être réuni.e.s une communauté entière, issue du monde, mais un temps retirée de celui-ci. Une communauté acceptant un temps d’abandonner ses règles sociales pour se laisser atteindre autrement, à un autre endroit de l’attention, dans un autre rapport au temps. C’est donc le désir de la communauté, mais aussi le désir de comprendre le monde et l’humanité en travaillant sur ses histoires, ses images, ses questions qui m’ont mené à devenir metteur en scène. Enfin et au centre, comme catalysure, je comprends de plus en plus que la question de la communication, de l’échange m’a poussé à devenir metteur en scène. C’est toujours de cela que je parle, quelque soit le sujet, l’impossibilité à communiquer pleinement, entièrement, sans se tromper ; l’irrégularité et la volatilité du langage et du sens.

Pourquoi avoir choisi de parler du deuil ?
Parce que c’est quelque chose que j’ai beaucoup traversé depuis ma plus tendre enfance, et j’ai compris à force de les traverser qu’enfant ou adulte nous sommes tous égaux face à la mort. C’est un processus dont personne ne peut sérieusement s’estimer exempté. Bien sûr, chacun l’aborde avec plus ou moins de sérénité mais quelque soit notre âge, nous celui-ci nous déroute, jusqu’à parfois nous faire changer de route. Il peut transformer une vie, faire s’effondrer des règles qui paraissaient immuables…  Pour compléter la réponse concernant le pourquoi je suis metteur en scène, il est évident que la nécessité de l’art m’est venue de la mort de proches. Quand on fait face enfant à la mort, on grandit beaucoup plus vite que prévu et on se questionne sur la vie, son but, sa finalité, à une époque ou on devrait rêver, ignorer etc… Alors l’art, le théâtre pour moi, peut devenir une solution, puisque la vie est une comédie, avec une fin toujours surprenante, jamais attendue, pourquoi ne pas faire de sa vie la pratique de cette comédie, avec pour illusion centrale la pensée, absurde, qu’on pourrait la maitriser…  Faire du théâtre est pour moi, faire le deuil du sens, et dans par ce deuil retrouver l’espoir, mais un espoir conscient.

Qu’est-ce que la troupe éphémère ? 
La troupe éphèmere est un temps d’insertion dans le milieu professionnel, sortant d’école nationale, je cherchais un pont entre la liberté, le rêve, les possibilités que peuvent représenter ces établissement et la réalité du métier. Alors l’AtelierCité s’est présenté comme la meilleure réponse à cela, à la fois encore dans la possibilité de recherche, de tentatives, il me permettait d’avoir une pied dans une réalité plus professionnelle, plus palpable. L’AtelierCité, c’est 15 mois dans les murs d’un théâtre de création, à la rencontre des artistes, mais aussi à la rencontre de la réalité du métier. Ce sont 15 mois pleins d’expériences et rythmés par les créations. C’est aussi la rencontre avec sept comédien.ne.s issus de diverses formations, de divers milieux, c’est encore une recherche de rencontre et de mix des expériences.

Propos recueillis par Bénédicte Boucays, issus du livret Les Enfants au spectacle, en partenariat avec Milan Presse

Regard du traducteur

Chiot de garde est un joyau désarmant qui parle du deuil. Désarmant car la pièce s’adresse à un public à partir de 9 ans. Avec un langage très simple, Wittenbols parvient à décrire une situation émotionnellement complexe. L’emploi d’une langue sobre mais dynamique et d’éléments ludiques et pédagogiques sur le monde de l’enfance offre un texte soigneusement construit et d’une grande clarté. La pièce aborde le thème du deuil avec la réserve et le recul que peuvent parfois avoir les enfants lorsqu’ils sont confrontés à des sentiments troublants, et parle de la place qu’on peut donner à la mort dans une famille. En inversant les rôles – ici, ce sont les enfants qui s’occupent de leur mère après la mort de leur père – la pièce aborde également l’incapacité d’un parent à distinguer, parfois, son propre intérêt de celui de ses enfants. Par le biais d’une narration fine et intègre, pleine de tendresse et de réconfort, Chiot de garde parle, avec drôlerie et suspense, de la souffrance humaine et de la façon de la dépasser.