Monday
Représentations
Résumé
Et si lundi n’était pas le début de la semaine, mais le lendemain d’un choix que nous n’avons pas encore fait ?
En temps normal, l’empreinte suit le pas, et l’écho, le son. La pièce renverse cet ordre familier. Dans un paysage de pierres, quatre interprètes se meuvent et chantent à rebours. Même la marche nous devient étrangère.
Monday, en apparence un jour comme un autre, nous place pour un temps de l’autre côté d’une conséquence à venir. De là, nous nous retournons vers le présent. Non pour défaire ce qui a eu lieu, mais pour regarder d’un autre œil ce qu’il est encore en notre pouvoir de faire.
Ici, le poids de nos choix devient tangible. Les structures qui semblent intemporelles ou intouchables acquièrent du pouvoir lorsque nous ne les remettons pas en question. Par l’effort commun des interprètes, ce qui semblait inébranlable s’ébranle.
Un moment ordinaire d’une journée ordinaire recèle la possibilité d’infléchir ce qui suit.
Parmi les sources d’inspiration de la musique de Monday figure le Chant de Seikilos, la plus ancienne composition musicale complète qui nous soit parvenue, conservée sous la forme d’une inscription gravée dans la pierre. Les interprètes chantent un nouvel arrangement qui imagine comment ce chant pourrait résonner aujourd’hui, ainsi que Ma fin est mon commencement, rondeau composé par Guillaume de Machaut au XIVᵉ siècle, dont les lignes mélodiques cheminent aussi bien vers l’avant que vers l’arrière.
Rien ne commence sans trace.
Distribution
Le matériel chorégraphique est développé en collaboration avec les interprètes.
Informations
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Entretien avec Arno Schuitemaker
Dans Monday, vous demandez aux interprètes d’exécuter leurs actions « à l’envers ». Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette partition antichronologique et comment modifie-t-elle votre manière de travailler le mouvement ?
Arno Schuitemaker : La recherche de Monday porte avant tout sur la relation entre l’action et la conséquence. J’ai voulu renverser le rapport de causalité – commencer par la conséquence pour revenir à l’action – afin d’observer comment ce renversement modifie notre perception du mouvement et influe sur sa compréhension. Je cherche ainsi à déplacer notre regard sur ce qu’il est encore en notre pouvoir de faire. D’un point de vue technique, cette inversion pose une difficulté majeure. Nos pieds sont orientés vers l’avant (sourire). Une partie de notre recherche a donc consisté à trouver comment marcher à reculons de façon à produire une véritable sensation de marche inversée, plutôt que celle d’un simple déplacement vers l’arrière. La marche m’intéresse précisément parce qu’elle nous est si familière : en la travaillant à rebours, nous la rendons étrangère. Puis, à partir de la marche, nous avons appréhendé sous cet angle l’ensemble des coordinations gestuelles. Lorsque vous regardez vers la droite, par exemple, la tête impulse le mouvement et le corps la suit ; ici, il faut faire l’inverse, laisser le corps partir avant la tête. Ainsi avons-nous progressivement étendu cette logique contre-intuitive à l’ensemble du corps.
Comment ce choix a-t-il modifié votre écriture chorégraphique ?
Cette idée a radicalement changé ma façon de composer la performance. Il s’agissait de donner la sensation d’une dynamique inversée, du bas vers le haut, tout en continuant à composer avec la gravité, et donc de trouver une autre manière de conduire le mouvement. Ce défi a été particulièrement stimulant parce qu’il déplace aussi la question de l’impulsion : où le mouvement commence-t-il, à quel moment son élan est-il le plus fort et comment l’exploiter dans d’autres directions ?
Comment l’idée de « bâtir » en live est-elle entrée dans le processus de création ?
Dès le départ, je savais que je ne voulais pas me limiter à une recherche sur le mouvement, mais mettre le corps en relation avec quelque chose de concret. J’ai d’abord imaginé une porte que les protagonistes pourraient franchir à l’envers, ou des chaises dont ils pourraient se « désasseoir »… Puis l’idée est apparue de les faire construire quelque chose pendant la performance. Tandis que leurs mouvements se déroulent à rebours, les interprètes transforment le paysage de pierres. Avec Guy Cools, notre dramaturge, nous nous sommes alors posé une question qui traverse la pièce : qu’est-ce qui fait tenir une structure, et comment pouvons-nous agir ensemble sur cet équilibre ? Nous avons choisi de donner à cette transformation une trajectoire simple et lisible, de l’horizontalité vers la verticalité.
Pourquoi avoir choisi d’introduire le minéral sur scène ?
À partir du moment où nous avions opté pour une évolution de l’horizontalité vers la verticalité, nous avons cherché les matériaux susceptibles de porter cette transformation, et les pierres se sont imposées. Elles renvoient évidemment à l’acte de construire, mais aussi à une forme d’intemporalité qui m’intéresse beaucoup dans ce projet. Car une structure qui paraît intemporelle ou intouchable peut acquérir du pouvoir lorsque nous ne la remettons pas en question. Mais ce qui m’importe surtout, c’est la capacité des interprètes à transformer ensemble les relations qui la font tenir.
Comment avez-vous composé votre équipe artistique ?
Pour créer Monday, j’ai eu le privilège de bénéficier du soutien en coproduction des partenaires de l’Association des Centres de développement chorégraphique nationaux. La pièce s’est ainsi davantage ancrée en France que mes précédentes créations. Deux des interprètes avaient déjà travaillé avec moi ; pour les deux autres, j’ai cherché en France. Le chiffre quatre étant un nombre terrible – parce qu’il est carré – l’enjeu était de trouver la plus grande diversité possible à l’intérieur de ce nombre si équilibré : deux femmes, deux hommes, mais aussi des personnalités et des âges différents. Il me semble que cette diversité confère une grande humanité à la performance.
Comment la musique et les voix des interprètes s’agencent-elles avec la chorégraphie ?
Leur rôle est primordial. Très tôt dans le processus, Aart Strootman, le compositeur avec qui je travaille depuis plusieurs productions, m’a proposé de partir de la mélodie et du rythme d’un chant grec vieux de près de deux mille ans, le Chant de Seikilos. Il s’agit de la plus ancienne composition musicale complète qui nous soit parvenue, gravée sur une stèle de pierre aujourd’hui conservée dans un musée de Copenhague. L’intuition d’Aart était d’expérimenter la façon dont ce chant pourrait sonner aujourd’hui. J’ai trouvé cette idée très belle. Les danseur.euses interprètent donc ce chant ancien dans un arrangement réalisé en 2026. Certains de ses fragments se retrouvent également dans la musique électronique. Nous avons par ailleurs donné à ce chant un nouveau texte, écrit sur mesure pour la pièce. Ce qui me touche, c’est qu’un chant gravé dans la pierre puisse encore prendre une forme nouvelle aujourd’hui. Nous avons par la suite travaillé à partir d’un second chant ancien, datant d’environ 1360, composé par Guillaume de Machaut : Ma fin est mon commencement. Là encore, le renversement s’inscrit dans la musique elle-même, puisque les lignes mélodiques peuvent se déployer aussi bien vers l’avant que vers l’arrière. Dans notre interprétation, les paroles sont elles aussi chantées à rebours.
Comment situez-vous cette création dans votre parcours artistique ?
Je pense que mon vocabulaire chorégraphique y est très reconnaissable, mais qu’il apparaît ici sous une forme complètement différente et neuve. Monday constitue une véritable nouvelle étape dans mon travail, non seulement dans le langage du mouvement et dans la manière d’utiliser la voix, mais aussi dans l’approche même de la performance. Le titre Monday porte cette idée qu’un jour ordinaire recèle la possibilité de changer ce qui suit. Une question me semble particulièrement importante aujourd’hui : comment faire bouger, ensemble, ce qui paraît inébranlable ?