Entretien avec Stéphane GilThéâtredelaCité

(…)

Entretien avec Stéphane Gil

Stéphane Gil accompagne, depuis 2018, Galin Stoev à la direction du ThéâtredelaCité. À quelques semaines de son départ, il revient sur les huit saisons écoulées, les moments forts et ce qui, à ses yeux, fait l’identité du centre dramatique national Toulouse Occitanie.

Stéphane Gil accompagne, depuis 2018, Galin Stoev à la direction du ThéâtredelaCité. À quelques semaines de son départ, il revient sur les huit saisons écoulées, les moments forts et ce qui, à ses yeux, fait l’identité du centre dramatique national Toulouse Occitanie.

Stéphane Gil © Mathilde Maury

Stéphane, si nous devions commencer par faire le bilan de ces huit saisons de direction (depuis la première, 2018/2019, jusqu’à celle qui débute aujourd’hui, 2025/2026), saurais-tu mentionner quelques éléments chiffrés ?
STÉPHANE GIL — En vérité, je parle plutôt de huit saisons et demi car, souvenons-nous en 2021, lorsque les théâtres réouvraient leurs portes après les douloureux mois de fermeture en raison du covid, nous avions imaginé au ThéatredelaCité une saison estivale à part entière lors de l’été 2021. Au cours de ces huit saisons et demi donc, nous avons programmé environ 400 projets, soit une cinquantaine chaque année. Parmi eux, 140 ont été coproduits, c’est-à-dire soutenus en production par le théâtre, ce qui place très haut notre mission de création, raison d’être des centres dramatiques nationaux.

Les souvenirs doivent être foisonnants, mais peux-tu citer trois spectacles qui t’ont particulièrement marqué pendant ces huit saisons ?
Difficile en effet de n’en retenir que trois, mais jouons le jeu ! D’emblée, je pense au tout premier, celui qui a ouvert notre première saison en septembre 2018 : Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad. Je me suis battu comme un fou pour pouvoir accueillir le spectacle à ce moment-là tellement il me semblait que c’était la proposition idéale en ouverture. Tout simplement parce que c’est un véritable chef d’œuvre et un immense coup de cœur. Cela permettait aussi au public toulousain de renouer avec le travail de Wajdi, lequel n’était pas revenu depuis plusieurs années à Toulouse, où il avait triomphé avec ses premiers spectacles (notamment sa trilogie Littoral, Incendie, Forêt). Avec Tous des oiseaux, il parvenait magnifiquement à mêler fresques historiques et récits de fiction poignants, tout en superposant la trajectoire des personnages et les langues. C’était un travail de mise en scène inouï qui, je crois, a profondément touché le public.
Ensuite, je pense à un spectacle que nous avons programmé en 2022, lors de la deuxième édition de La Biennale : Société en chantier par le metteur en scène suisse Stefan Kaegi et son collectif Rimini Protokoll. En transformant le théâtre, avec beaucoup de malice, en un vaste chantier, révélateur des tensions de notre époque, cette proposition artistique illustrait parfaitement ce que je rêvais de créer au sein du théâtre : jouer avec les paradoxes pour faire vivre au public des expériences à la fois sensibles et puissantes. Ici, l’écriture ciselée de Stefan Kaegi venait se frotter avec la fragilité de l’œuvre immersive, renforcée par la rencontre entre amateurs et professionnels, autant que par la frontière ténue entre la réalité des témoignages et la force fictionnelle du spectacle. J’adore quand l’association d’éléments disparates opère si bien. Il fallait, dans ce cas, le talent et la maîtrise de Stefan Kaegi, véritable horloger suisse, pour y parvenir.
Enfin, je citerais non pas un spectacle, mais deux rencontres artistiques qui ont énormément compté pour moi ces dernières années, avec des créateur·rices qui auront marqué à jamais ma vie de directeur et de spectateur. Lorraine de Sagazan d’abord dont le spectacle LEVIATHAN m’a bouleversé. Depuis que nous l’accompagnons au ThéâtredelaCité (L’Absence de père, Un sacre), je suis admiratif de son talent et de sa précision. J’ai l’impression qu’avec LEVIATHAN, cette rencontre a trouvé un total accomplissement. Pour ma part, j’ai vécu une expérience de spectateur rare ; celle d’entrer dans le cerveau des interprètes, de m’immerger totalement dans leur pensée. Je suis aujourd’hui fasciné par le travail de cette artiste que j’ai bien l’intention de suivre encore de nombreuses années. Il en est de même avec l’écrivain et metteur en scène suisse François Gremaud (Phèdre !, Giselle…, Carmen, Aller sans savoir où, Allegretto). Il y a chez cet artiste de telles qualités d’humour, de justesse, d’intelligence. Les projets que nous avons imaginés ensemble m’ont énormément nourri ces dernières années. Il est rare de construire une amitié professionnelle sincère sur des temps longs dans nos maisons, où tout va trop vite et où parfois les génuflexions cachent les émotions. Mais par chance, les multiples rendez-vous et présences de François à Toulouse depuis 5 ans ont bâti une complicité précieuse et je lui en suis tellement reconnaissant.

À titre personnel, de quoi es-tu le plus fier dans tous ces projets conçus et présentés au ThéâtredelaCité ?
Sans hésiter, la Cité Merveilleuse en septembre 2018. Grâce à la magie et au savoir-faire d’Opéra Pagaï, nous avons réussi à marquer la transformation du Théâtre national de Toulouse en ThéâtredelaCité, un changement de nom qui voulait aussi traduire un nouvel état d’esprit, de nouvelles valeurs (échanges, ouverture, poésie, surprise…). Les artistes ont su admirablement incarner ce nouveau départ, au-delà même de ce que nous aurions pu imaginer. En un spectacle, tout était dit ; la Cité Merveilleuse a fait éclore notre projet et l’a transmis au grand public, aux institutions, à l’équipe même. Pendant dix jours, tout le théâtre s’est impliqué. C’était pour moi une véritable fierté de voir les artistes devenir les ambassadeur·rices de ce nouveau souffle. Je crois que cet événement a durablement marqué les esprits et imprégné les saisons qui ont suivi. Il a offert une magnifique réputation au ThéâtredelaCité ; le public et l’équipe en parlent encore. Il n’est d’ailleurs pas rare de retrouver au théâtre des objets ou des affiches qui avaient été fabriqués pour l’occasion. Cité Merveilleuse, c’était aussi la première étape d’un projet qui trouve aujourd’hui son aboutissement avec MégaCité. Dès 2018, nous voulions présenter le ThéâtredelaCité comme un lieu d’utopie, un espace où tout est possible, où peuvent émerger l’inattendu, le rêve, l’extraordinaire. Après huit ans, cette utopie s’incarne aujourd’hui par des fidélités artistiques ; MégaCité regroupe une constellation d’artistes qui continue de véhiculer des valeurs et de porter au plus haut la création contemporaine.

LEVIATHAN © Simon Gosselin

En parlant d’utopie, je pense évidemment au Théâtre du Soleil que vous avez accueilli en 2022. Que retiens-tu de cette aventure incroyable ?
Inviter Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil, trente ans après leur dernière venue à Toulouse, cela relevait sans doute de l’utopie, en tout cas du rêve, voire du pari fou. Comme de t’inscrire à un marathon sans vraiment savoir si tu es capable de courir plus de dix kilomètres. Je ne sais pas si le public mesure la gageure d’une telle opération. Il faut rappeler que le Théâtre du Soleil tourne très peu car c’est une énorme machine à déplacer. Audelà des coûts, ce sont aussi des heures de travail pour parvenir à préserver et restituer l’âme de cette entreprise théâtrale unique au monde. Je suis évidemment très heureux et fier que nous y soyons parvenus collectivement. À titre plus personnel, je n’oublierai jamais mes échanges avec Ariane Mnouchkine, la confiance qu’elle m’accordait, mais aussi l’attente qu’elle mettait en moi. Face à elle, je me sentais aussi bien le petit garçon impressionné par la figure d’autorité que le vieil homme porté par une confiance inébranlable. Ariane Mnouchkine fait partie de ces êtres rares qui vous marquent et vous bousculent. C’est grâce à elle et à toute son équipe que j’ai trouvé en moi une force que je ne pensais pas savoir déployer. Je me suis démené pour réunir des moyens, pour associer des partenaires, pour imaginer avec l’équipe la transformation complète du théâtre. Pour Toulouse, la venue du Théâtre du Soleil aura vraiment été déterminante, la preuve que notre ville est capable d’une extrême ambition.

Quant à La Biennale qui fut un marqueur fort du projet, comment as-tu eu l’idée d’un tel événement ?
Il y a plusieurs raisons qui ont motivé la création de La Biennale, dont nous avons vécu en 2024 la troisième édition. La première raison est liée au territoire. Lorsque nous sommes arrivés à la direction en 2018, le théâtre était extrêmement replié sur lui-même, les structures toulousaines travaillaient beaucoup en autonomie, avec éventuellement quelques collaborations bilatérales. J’ai voulu donner un signal fort en créant un événement qui associerait d’emblée 40 partenaires, réunis avec la création internationale comme dénominateur commun. C’était un beau moyen de contribuer à forger l’esprit métropolitain qui, à l’époque, était encore naissant. Une autre raison concerne le projet du ThéâtredelaCité lui-même : La Biennale a permis de lui offrir une dimension internationale. Grâce à ce festival, le CDN a pu s’inscrire dans des productions européennes et de nouveaux réseaux ; il a attiré de nombreux professionnel·les et mobilisé la presse. La dimension pluridisciplinaire de La Biennale a aussi permis au CDN de se positionner sur d’autres disciplines et de se décentrer du théâtre. Enfin, il y a une raison plus personnelle à la création de ce festival. Être à la direction avec un artiste, c’est prendre conscience de la définition du mot “créateur” et de la place qu’il occupe dans le théâtre. Si je ne me suis jamais senti créateur (c’était indéniablement le rôle de Galin), j’ai rapidement compris que je devais me montrer créatif. Toute la vivacité du projet en dépendait. L’idée était alors de mettre en place un événement structurant et de le faire grandir. Je crois que c’est ce qui s’est produit au fil des trois éditions. Le fait de créer La Biennale puis de contribuer à son épanouissement m’a énormément inspiré ; cela a donné beaucoup de sens à mon métier.

Société en chantier © Jean-Louis Fernandez

Parlons de ton métier justement. On ne sait pas forcément ce que représente ta fonction dans un centre dramatique. Quel fut ton quotidien pendant toutes ces années ?
Il faut peut-être rappeler que cet organigramme avec une direction bicéphale est assez atypique et s’explique par nos personnalités, à Galin et moi. Galin n’ayant pas d’expérience antérieure dans la direction d’établissement culturel et, en tant qu’artiste étranger, n’étant pas spécialiste de l’écosystème français, il n’a pas souhaité se positionner sur l’ensemble du champ de la direction. Il a voulu avant tout privilégier sa fonction d’artiste, ce qui est pertinent dans un CDN. À ses côtés, j’ai donc assumé toutes les autres responsabilités de la direction, à savoir la programmation, la coordination générale, la direction de la production et de la communication et la représentation officielle auprès des collectivités et des réseaux professionnels. Autrement dit, j’avais mission de donner le tempo et de partager le projet avec l’ensemble de l’équipe, aussi bien auprès des relations publiques, générales… Si je devais donner une répartition un peu schématique de mon travail au quotidien, je dirais que je consacre 10% de mon temps à la communication, 30% à la programmation, c’est-à-dire à la prospection, au visionnage de spectacles, aux déplacements, aux rendez-vous avec les équipes artistiques, 20% à la stratégie de direction, à la régulation des problématiques et aux échanges avec les directeur·rices de pôles, 20% aux questions institutionnelles, politiques, aux médias, et enfin 20% à essayer de me rendre disponible pour ce qui arrive au quotidien, à dégager du temps pour improviser, inventer, me réinventer aussi.

La programmation est donc au cœur de ta fonction. Peux-tu nous en dévoiler les secrets ? Comment compose-t-on une programmation ? Cela nécessite-t-il de nombreux déplacements ? Doit-on tout voir pour pouvoir programmer ?
Plus que la programmation, je dirais que toute mon action s’est construite autour de la production. L’une ne va pas sans l’autre mais, dans un centre dramatique, c’est bien la production qui structure l’activité, autrement dit, notre capacité à soutenir des artistes dans la fabrication de leurs spectacles. Cela dit, production et programmation, c’est un peu l’œuf et la poule ; ce sont deux actions intrinsèquement liées dans la mesure où, lorsque l’on décide d’accompagner un projet, il se retrouvera de fait dans la programmation. Ce que j’aime dans la production, c’est sa dimension entrepreneuriale : on investit sur un acte artistique alors même qu’il n’existe qu’en état de projet. Et là où l’œuvre artistique se distingue de tout produit, c’est que cet investissement ne peut se fonder que sur la confiance que l’on accorde à l’artiste. À la différence d’un objet qui nécessite d’abord un prototype avant sa fabrication à plus large échelle, on accompagne la création d’un spectacle sur des motifs abstraits : la force de conviction d’un·e artiste, son univers poétique, le talent qu’on lui connaît. Je trouve cela extraordinaire. Il arrive d’ailleurs souvent que le “produit fini”, c’est-à-dire le spectacle que l’on découvre à la première, diffère en bien des points des intentions initiales. Mais c’est cela, la beauté de la création, cela fait partie du jeu.
Pour revenir à la programmation et aux secrets de sa composition, j’aime bien utiliser la métaphore gastronomique. Concevoir une programmation, c’est comme une invitation au restaurant. D’abord, il s’agit de se demander ce qui motive cette invitation : un anniversaire, une réunion de famille, un rendez-vous de travail, une soirée pour se détendre… Au ThéâtredelaCité, on vient pour des raisons très diverses et je souhaite qu’il y ait des propositions pour chacun·e, quelles que soient ses intentions. Ensuite, au restaurant, on choisit parmi les entrées, les plats et les desserts. Des entrées pour se mettre en appétit ; dans la programmation, je veille à ce qu’il existe des formes directement accessibles, celles qui font plaisir au public, qui lui permettent peut-être de pousser la porte pour la première fois. Des plats de résistance qui constituent la base du repas ; au théâtre, il s’agit des grands textes, des classiques revisités, des têtes d’affiches. Enfin des desserts que l’on prend par gourmandise, pour lequel on s’autorise peut-être un poil d’audace ; dans une programmation, ce sont toutes les petites pépites qui ne sont pas toujours identifiables d’emblée, mais que l’équipe du théâtre sait défendre pour leur inventivité formelle, leur étrangeté, leur radicalité. Ainsi se construit la programmation, avec des propositions pour tous les goûts, avec toujours le même niveau d’exigence sur les écritures et les formes contemporaines. C’est un vrai travail d’équilibre, une alchimie passionnante qui se voit sans cesse bousculée par une série de contraintes économiques, techniques ou de calendrier. À nous de jongler avec ces paramètres. Ce qui compte, c’est d’étonner le public. Là où il pensait manger un cassoulet traditionnel, il se retrouve face à une innovation culinaire. De cette surprise naît souvent l’enchantement.
Alors non, je ne vois pas tous les spectacles avant de les programmer, et pour cause, la majorité sont des créations. Non, il n’est pas nécessaire de se déplacer tout le temps. Le plus important, c’est d’échanger sans cesse avec les artistes et les autres programmateur∙rices, d’être curieux, de savoir ce qui se joue et se prépare ici et là, d’être extrêmement connecté avec le champ de la création. Par exemple, il y a huit ans, en arrivant à la direction du ThéâtredelaCité, j’étais assurément un enfant du théâtre de fiction et j’ai découvert ce que l’on nomme aujourd’hui le théâtre documentaire. C’est un genre en soi, passionnant, qui occupe de plus en plus de place dans la création contemporaine. En prenant conscience de ce genre nouveau, j’ai souhaité que nous y prenions part ; nous l’avons dès lors régulièrement soutenu.

Cité Merveilleuse : à l’occasion des 20 ans du bâtiment, la compagnie Opéra Pagaï a totalement métamorphosé le théâtre en une ville merveilleuse et heureuse. © Vincent Muteau

Nous savons bien qu’un théâtre est avant tout une aventure collective. Que dirais-tu de l’équipe du ThéâtredelaCité ?
Une cité fonctionne lorsque l’addition des personnes et des métiers qui la composent agit avec un but commun. Dans un théâtre, c’est exactement la même chose. Une organisation aussi complexe qu’un théâtre nécessite des qualités, des personnalités et des compétences très diverses. Par exemple, le métier de relation publique requiert un travail de fond et beaucoup de persévérance quand celui de la production exige une grande adaptabilité. Mon rôle est ainsi de reconnaître les qualités de chacun·e et de donner des missions adaptées. La force du ThéâtredelaCité, c’est l’addition de compétences et de personnalités merveilleusement complémentaires, offrant un très large champ des possibles ; nous disposons d’un outil extrêmement agile. Le revers de la médaille, mais c’est le cas de toutes les organisations humaines, c’est qu’il faut savoir composer avec la diversité des personnalités : les forts caractères, les personnes plus effacées, les collègues proactif·ves, d’autres qui se sentent plus à l’aise dans des tâches d’exécution. C’est le travail de la direction que d’orchestrer tous ces talents. Il y a, au ThéâtredelaCité, une belle et grande équipe.

Et son public ? Comment pourrais-tu le décrire ? Penses-tu qu’il se distingue des autres publics, ailleurs en France ?
Cela paraîtra peut-être un peu présomptueux, mais les artistes disent souvent du public du ThéâtredelaCité qu’il est généreux et très réactif. Je dirais que trois adjectifs le caractérisent : fidèle, curieux, exigeant. Aujourd’hui, cohabitent deux types de publics grâce à qui les salles sont pleines : des abonné·es qui fréquentent le lieu très régulièrement et des spectateur∙rices plus occasionnel·les qui viennent sur une proposition précise. Cette nouvelle mixité des publics me semble extrêmement vertueuse pour garantir l’avenir économique de notre théâtre de service public. Je pense que ce qui fait la qualité du public ici, ce sont bien sûr 25 années de travail acharné sur le terrain, mais aussi les efforts d’ouverture que nous avons manifestés depuis huit ans. Notre mot d’ordre a toujours été : désacraliser !

« Instants volés lors des applaudissements… Une salle debout me fait toujours frissonner. »

Justement, l’une des marques de fabrique du projet a reposé sur un nouveau rapport au territoire. Pourquoi est-ce important pour toi de multiplier les partenariats ?
J’ai toujours eu l’intime conviction qu’il fallait casser les frontières, ouvrir les portes, aller vers l’autre. C’est ce que nous avons fait en arrivant en 2018. Nous avons voulu partir à la découverte du territoire et des nombreux acteur·rices culturel·les qui l’occupaient parmi les théâtres et les festivals. Mais en aucun cas dans un but de conquête ! Bien au contraire, il s’agissait avant tout d’aller à la rencontre des autres, d’apprendre d’elles·eux et in fine d’imaginer des projets communs. Ce travail collectif fut d’une richesse infinie et cette ouverture aux autres a sans doute permis de faire exister le ThéâtredelaCité auprès de publics qui, jusque-là, se croyaient illégitimes. Ils ont enfin senti qu’ils étaient les bienvenus.

Pour terminer, j’aurais aimé te poser quelques questions plus personnelles. D’abord, saurais-tu qualifier ton état d’esprit aujourd’hui ?
Je me sens d’abord chanceux ; j’ai l’impression de vivre une aventure incroyable, même dans les moments plus difficiles comme le covid. Je suis aussi reconnaissant : envers Galin bien sûr qui m’a laissé beaucoup de liberté, envers l’équipe pour sa confiance, envers mon entourage, dont en premier lieu mon mari, pour m’avoir soutenu.

Était-ce un rêve d’enfant que de travailler dans un théâtre ?
Travailler dans le spectacle vivant, assurément. Cela devait déjà me trotter dans la tête lorsque je faisais, enfant, des spectacles de guignol ou me déguisais ! Je crois que toute ma vie tourne autour du spectacle. Occuper des fonctions de direction en revanche, cela n’a jamais été une fin en soi. Je souhaite continuer à faire le trait d’union entre le public et les artistes. J’aime profondément être à cet endroit, à l’interface entre les créateur·rices et les publics.

Que souhaites-tu pour le ThéâtredelaCité ?
Qu’il reste une maison de création audacieuse et ambitieuse. Enfin, en trois mots, comment décrirais-tu ce lieu unique qui fut ta maison pendant huit ans ? Agilité. Pas de côté. Joie.