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Monsieur, Madame

Monsieur « accessoires »

Son rôle va bien au-delà de trouver les accessoires qui donnent à un spectacle son esthétique. Cheville ouvrière du décor, l’accessoiriste recherche les objets qui vont habiter le plateau. Souvent, il les fabrique lui-même. Ce poste-clé requiert débrouillardise, technicité et surtout de la créativité : un ingrédient dont Jean-Pierre Belin, quarante ans de maison au service du CDN, a à revendre !

Jean-Pierre Belin © Jules Campan

Un parcours commencé aux Beaux-Arts

Il sculpte pour le plaisir, crée des animaux en papier enduit patinés comme des bronzes et des meubles épurés aux lignes modernistes, mais n’expose pas ses oeuvres. Jean-Pierre Belin aime le plaisir du travail bien fait et sans esbroufe : bricoleur touche à tout, on le sent chaleureux, à l’écoute et enthousiaste. Des qualités indispensables dans un métier où il faut savoir se mettre au service des nombreux artistes qu’il aura connus depuis les débuts du CDN jusqu’à l’actuel ThéâtredelaCité. Selon les époques, l’activité de l’accessoiriste varie, de l’achat en masse (des parapluies suspendus, des chaises en tas pour un Ionesco) à la « fabrication maison » qui laisse davantage libre cours à l’inventivité. En fonction des demandes du metteur en scène et du scénographe, en collaboration étroite avec l’atelier de décors, avec la costumière, il prend le pouls des répétitions pour adapter l’objet à un but : des ailes de mouette plus vraies que nature avec un arceau caché sous le tulle, des têtes sur-mesure pour décapités shakespeariens ou des statues classiques moulées sur la silhouette d’un.e collègue.

… et enrichi par l’expérience.

Être imaginatif et forger constamment des savoir-faire acquis au fil des défis (créer des volumes en grillage ou en terre, travailler le plâtre, le bois, les résines, etc.) pour concrétiser les idées des autres : une belle « balanpoire » surréaliste, des dindes rôties en série ou une poétique neige de papier, c’est le travail de l’accessoiriste. Il déniche sinon ce qu’il faut dans le cabinet de curiosités à l’étage où dorment des décennies de création théâtrale : cannes, lunettes, meubles, oeufs en plastique, cages à oiseaux, tonnes de vaisselle, téléphones à cadran, vieux joujoux, tout un monde attend son heure sagement sur les étagères. Jean-Pierre Belin est aussi celui qui « truque » les effets : escamoter un lit entre deux scènes, faire tinter les verres d’un banquet ou naufrager un navire dans une tempête de tissu, il règle chaque détail qui compte. En synchronisant le timing entre le plateau et la coulisse, l’accessoiriste peut apparaître sur scène lors de la représentation : une occasion alors d’apercevoir ces hommes de l’ombre sans lesquels un spectacle ne saurait être réussi.

Jean-Pierre Belin © Jules Campan