(…)

La Biennale

Arts vivants / International

24 septembre – 12 octobre 2019

Trente partenaires artistiques de la métropole toulousaine qui allient leurs énergies pour créer une joyeuse dynamique d’ouverture de saison les années impaires, c’est cela La Biennale internationale des arts vivants.
Dépassant les esthétiques et les territoires, le partage en est la valeur phare : équipes artistiques, thématiques scéniques et publics de tous horizons se répondent, contrastent et se mélangent.
Pour retrouver le plaisir et l’inattendu du spectacle vivant et réinventer des façons d’être ensemble.

La Biennale des arts vivants : bientôt le coup d’envoi

Dans le projet qui nous a amenés à prendre la direction du ThéâtredelaCité, il y avait dès le départ le désir fort de mettre en chantier une certaine vision, utopique, passionnée, de ce qu’est pour nous un centre dramatique national : faire de cette maison un écosystème artistique au cœur de la cité, un endroit où s’expérimenterait une réalité commune, où notre capacité à créer les uns avec les autres pourrait se déployer librement. La mise en œuvre a donc commencé par le souhait de décloisonner, que ce soit très concrètement l’espace physique à l’intérieur du théâtre, utiliser les pièces libres, faire revivre le hall, accueillir des compagnies en résidence dans de nouveaux appartements créés sur les bureaux, favoriser de nouvelles circulations dans le bâtiment, etc. mais aussi décloisonner au maximum les choix de programmation pour faire tomber chaque fois que possible les barrières entre les genres, les disciplines ou les publics… C’est cette même soif de penser différemment l’espace artistique à l’échelle d’un territoire et d’avoir envie de l’habiter autrement qui sous-tend aussi le grand projet collectif de La Biennale.

En effet, l’étape suivante nous a amenés à observer les cloisonnements existants entre les structures culturelles sur le territoire de la Métropole, nous qui bâtissons ensemble des partenariats de proximité ou qui nous côtoyons au contraire sans bien nous connaître. Fédérateur, le projet de La Biennale a été l’occasion concrète d’expérimenter une vision du travail collaboratif qui met naturellement à plat les vieilles habitudes, envie partagée dès l’origine par la trentaine de lieux embarqués dans l’aventure. Cette première édition, du 24 septembre au 12 octobre 2019, représente la concrétisation de ces envies communes : un grand événement festif dont chacun de nous est à la fois un rouage et le maître d’œuvre. Avec l’ambition, dans la durée, d’imaginer des façons de (faire) vivre le nouvel habitat partagé qui s’est esquissé pour l’occasion et de lui ajouter de nouveaux membres, de nouveaux espaces. Des espaces, à l’image des apports de chaque structure, comme autant de pièces à visiter : qu’au fil des déambulations et derrière chaque porte qui s’ouvre dans la programmation, on puisse découvrir ici un loft, là un studio, une salle de réunion, une vaste cuisine collective ou un petit salon privé. Comme autant d’endroits possibles de transversalité et de découverte mutuelle, et pour le grand public comme pour les professionnels.

Une dynamique inédite

Au point de départ, il y a sans doute le constat qu’aujourd’hui, sur le plan national et international, Toulouse est plus volontiers représentée dans les esprits par ses fleurons aéronautiques ou scientifiques que par ses atouts culturels. Malgré l’excellente réputation de certaines de ses compagnies et de quelques grands équipements, la ville rose et sa métropole ne disposaient pas de temps fort remarquable pour les arts vivants : l’idée de La Biennale a donc d’abord répondu au souhait de bâtir un événement artistique original qui développe l’attractivité touristique et culturelle du territoire. Une échelle territoriale étendue à la métropole qui a nécessité que soient largement réinterrogées les pratiques du « faire ensemble ». Alors, comme en matière d’architecture participative, il a fallu que des acteurs venus d’horizons très divers soient réunis, que des échanges où chaque voix compte laissent apparaître pleinement les envies, les besoins et les freins avant que l’on arrive à l’équilibre de l’édifice, qui mêle aujourd’hui des zones de compromis unanimes et des endroits de singularité assumée.

Imaginer La Biennale a rassemblé en effet des structures culturelles de natures et de tailles très différentes : se sont lancés dans la conception de l’événement à nos côtés Les Abattoirs, ARTO, La Cave Poésie, Altigone, La Grainerie, le Lido, Lieu Commun, Le Marathon des mots, La Place de la Danse, L’Usine, Marionnettissimo, Mix’art Myrys, Odyssud, le Pavillon Mazar, Le Ring / théâtre 2 l’Acte, le Théâtre du Grand Rond, le théâtre Garonne, le Théâtre Sorano, le Vent des signes, Toulouse les Orgues, l’Espace Bonnefoy, le Centre culturel Bellegarde, le Centre culturel Alban Minville, la Brique Rouge, l’Escale, les Villes de Beauzelle, Cugnaux… Concrètement, la mise en chantier a du tenir compte de la diversité des points de vue et des histoires propres à chaque structure pour dépasser la juxtaposition des bonnes intentions : porter un regard plus attentif sur d’autres lieux, d’autres disciplines artistiques et s’intéresser, en faisant un léger pas de côté, à ce qui se fait chez les autres a permis d’aller en quelques mois vers la transformation des objectifs affichés sur le papier en valeurs communes portées collectivement.

Une programmation partagée

À l’orée de cette première édition, la programmation elle-même est donc à l’image de cette dynamique, éclectique mais avant tout pensée pour faire circuler les publics entre les lieux, en essayant d’aller à contre-courant des premiers réflexes et des systématismes. Que ce soit les journées professionnelles, les actions de sensibilisation pour les scolaires, les propositions itinérantes à la carte ou les soirées de convivialité, tous ces moments dessinent autant de pièces à l’intérieur d’un projet d’ensemble conçu pour rester constamment ouvert, car il invite partout à la circulation et au partage. De la danse, du théâtre, du cirque, de la musique, La Biennale accueille tous les styles et tous les âges : ludique et animée, elle donne à voir sur trois semaines toutes les formes et tous les formats, de l’intime, du grandiose, du familial, du populaire, du très pointu, du novateur ou du plus classique. Dans un esprit de fête sous-tendu par deux exigences : mettre la focale sur l’international en valorisant la diversité des esthétiques et associer tous les publics au voyage.

Une idée de la suite

Réfléchir à mutualiser sur certains projets les moyens humains, financiers et matériels, impulser une mobilité des publics entre différentes communes de l’agglomération et au-delà, susciter de nouvelles curiosités en s’ouvrant à des formes artistiques inédites étaient parmi les grands objectifs de départ. S’y confronter réellement a permis d’interroger la façon dont les structures d’un même territoire pouvaient travailler ensemble mais aussi les choix de programmation qui en découlent. En créant des liens, en (ré)activant une meilleure connaissance réciproque mais sans gommer les originalités, La Biennale est un exemple de politique culturelle à l’échelle métropolitaine que les acteurs et les publics peuvent s’approprier à la fois collectivement et individuellement. L’esprit : continuer à définir les contours de ce qui nous réunit, tout en laissant à chacun son propre espace.

À moyen terme, identifier des équipes artistiques qui comptent et qui innovent, coréaliser ou co-produire des spectacles, communiquer autour d’eux et les faire tourner en région et bien au-delà dans de nouveaux réseaux co-construits seront les missions que se fixe La Biennale. En gardant en tête humblement que le chantier est à peine entamé et que ce premier habitat participatif pourra se doter d’une extension, une annexe nourrie de tout ce qui aura été oublié ou de ce qui n’aura pas été tout à fait réussi lors de cette première session. De quoi alimenter d’autres éditions en apprenant chaque fois de nos tentatives, tout en gardant l’appétit de dénicher sans cesse de nouvelles formes de création et de représentation, en associant toujours nos forces et nos regards.

Galin Stoev et Stéphane Gil