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Monsieur, Madame

Mesdames et Messieurs « décor »

Une fois n’est pas coutume, le pluriel s’impose dans cette rubrique « Monsieur Madame » : en matière de construction de décor en effet plus qu’ailleurs le job se joue toujours en équipe. Et le féminin, quoiqu’encore non majoritaire, y tient bien sa part.

Atelier de construction des décors du ThéâtredelaCité, situé dans le Parc d’activités Thibaud à Toulouse © Antoine Terrasse

Un métier-puzzle

La plupart ont des formations de base très différentes, la menuiserie, la serrurerie-métallerie ou la peinture, mais la dizaine de constructeur.rice.s de l’atelier décor du ThéâtredelaCité s’accorde sur un point : la création de décors demande d’abord de savoir s’adapter. Cela conditionne non seulement la fidélité avec laquelle sont traduites les demandes des metteur.e.s en scène et scénographes, mais aussi l’ingéniosité mise en œuvre tout au long du processus, de la conception à la fabrication, du montage au démontage, au remontage aussi au gré des tournées lointaines (où la compétence fine du concepteur est requise), et évidemment à la scène. Le rôle des ateliers décor est donc double : coller au plus près de la commande artistique certes, mais en rendre aussi la concrétisation réaliste, techniquement et financièrement. Tout commence par un logiciel 3D dans le petit bureau d’études vitré en aquarium sur l’atelier et tout finit plus loin au milieu des outils dans les copeaux de bois ou de métal et les chutes de faux gazon. Entre les deux : des choix, toujours des choix, encore des choix. Donc de la souplesse et de l’imagination, des qualités dont ne manquent ni Claude Gaillard, responsable des ateliers, ni Mickaël Labat, chef constructeur.

Visite guidée

Alors pénétrer dans ce grand hangar de brique discret en marge de la ville, c’est franchir une porte qui s’ouvre sur 1000 m² où se déclinent en enfilade tous les corps de métiers requis à chaque étape d’un projet né en amont dans la tête de quelqu’un d’autre : depuis l’espace menuiserie où les lames rondes des scies circulaires attendent d’entamer à belles dents les planches de récup’ et les panneaux du dernier lamellé-collé écolo, on débouche sur le décor du moment, en gestation, au centre des efforts de tous, tel un manège monumental. Deux pas plus loin on regarde où l’on marche dans l’espace métallerie où l’établi regorge d’un vrac précieux de petits trucs pointus, vis, clous, ressorts, charnières, tringles (des « patiences », oh le joli mot pour du métal) qui vont à leur tour assembler, donner forme et articuler le grand tout final. À l’arrière s’étend l’espace des peintures et finitions où Martine Leydier et Claire Daulion suspendent de grands panneaux qui pivoteront plus tard sur le décor. L’ensemble de ces espaces invite à une balade hybride entre la caverne d’Ali Baba, le garage du grand-père et le studio d’artiste mégalomane : un accélérateur d’imaginaire. Et un endroit d’humanité qui sent bon l’imagination au travail.