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3 questions à Robin Renucci

C’est un comédien bien aimé des français, qu’on voit aussi bien au cinéma qu’à la télévision, même si le théâtre l’occupe en priorité et à divers titres : Robin Renucci monte sur les planches bien sûr, il a fondé des Rencontres internationales de théâtre en Corse qui ont plus de vingt ans, mais il est également président de l’association des 38 centres dramatiques nationaux de France dont fait partie le ThéâtredelaCité. Il dirige aussi depuis 2011 les Tréteaux de France, un CDN qui a la particularité d’être itinérant tout en gardant les mêmes missions que les autres, chevillées à trois credo fondateurs de l’éducation populaire : créer surtout, transmettre et former. Des valeurs essentielles en ces temps de crise, où puiser selon lui les ressources d’un nouvel élan pour le spectacle vivant…

Quel « monde d’après » pour le spectacle vivant ?

La pandémie a touché un point cardinal commun à tous les gens qui font du théâtre qui est d’unir et de rassembler dans un espace clos. Le simple fait d’être ensemble pose problème d’un point de vue sanitaire, or c’est notre raison d’être, notre moteur d’expression et de vie : être réuni.e.s, regarder une œuvre dans la même direction en étant proches les un.e.s des autres, dans un lieu qui est le « lieu d’où l’on voit » au sens étymologique. La crise nous a privés de cet endroit essentiel même si elle n’a pas interdit la recherche, la réflexion. Les saisons théâtrales ont beaucoup souffert, les festivals ont été annulés, alors le « monde d’après » pour moi, il commence là, maintenant : dans ce temps des retrouvailles, de ce lien fondamental à réparer, à réinventer, en respectant bien sûr les normes sanitaires qui nous sont imposées.

Mais comment mettre en œuvre les retrouvailles : les CDN sont-ils l’outil de cette réinvention ?

La question reste compliquée pour certains lieux pensés exclusivement pour de la diffusion et projetés financièrement sur une grosse jauge à remplir : on ne peut plus placer les gens en nombre dans un endroit où l’on partage l’accoudoir ou l’haleine de son voisin. Mais les CDN ont une histoire différente de celle du théâtre privé, une tradition bâtie sur l’éducation artistique et la relation avec les publics d’un territoire. Et puis étant subventionnés, ils sont moins tributaires des recettes de billetterie. Ils ont historiquement bâti un autre mode de relation avec les publics que celui d’une simple clientèle même s’il y a des abonné.e.s et sont pour moi le fer de lance d’une politique de service public qui doit mettre en avant la création. Les CDN sont des maisons de découverte, de partage et j’espère vraiment que la nouvelle politique culturelle impulsée par Roselyne Bachelot va s’appuyer sur la force de cette relation aux publics pour mener un grand plan de relance national.

En tant qu’artiste, cette crise a-t-elle eu un impact sur votre pratique ?

La pandémie n’a pas forcément changé ma pratique d’artiste, mais elle a accru mes convictions personnelles. En particulier la conviction que nous faisons partie de la même naturalité avec le monde vivant et que notre non-respect du vivant a complètement déréglé la planète. Autre conviction : celle de notre commune humanité. Les questions cruciales posées par l’écologie, les inégalités sociales, les phénomènes de migrations, tout est lié. Mais la crise a révélé à de nombreux endroits que l’homme est aussi un être profondément social, capable d’une grande capacité de dialogue et de créativité. On doit être très attentif.ve.s à la fraternité, à l’hospitalité. Pour moi, le « monde d’après », il commence là.