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3 questions à Émeline Jouve

Émeline Jouve, professeure des Universités à l’Université Toulouse – Jean Jaurès. Elle co-construit les rencontres UniverCité depuis leur lancement en 2018.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter de quelle façon vous avez rencontré le théâtre ?

Je suis enseignante-chercheuse et mon domaine de spécialité est le théâtre étasunien. À bien y réfléchir, je crois que ma passion pour le théâtre et, plus précisément, pour la « fabrication du théâtre », remonte à l’enfance : petite, dans l’intimité de ma chambre, je créais des mondes fictifs que j’explorais concrètement en écrivant des dialogues, en dessinant des costumes, en m’enregistrant en train d’« imiter » des personnages. Je n’avais aucune référence théâtrale et c’est seulement au lycée que j’ai vraiment rencontré le théâtre au travers de textes dramatiques. Comme je montrais un vif intérêt pour cette forme artistique, il m’a été proposé de participer à un séjour CEMEA au Festival d’Avignon : grâce à ces quelques jours d’immersion durant lesquels je voyais un maximum de représentations, rencontrais des artistes,
m’initiais à la pratique théâtrale, un nouveau monde s’est ouvert à moi.

Pourquoi le Laboratoire des Cultures anglo-saxonnes et le CDN collaborent-ils, au-delà de thèmes liés à la recherche
universitaire ?


Je dirais qu’il y a deux raisons principales qui expliquent la collaboration. Tout d’abord, le désir de comprendre ce que sont les arts vivants, puis la volonté d’ouverture. La recherche est l’une des missions des CDNs : au-delà de la création, la diffusion, la formation, le ThéâtredelaCité développe une approche réflexive afin de définir les enjeux esthétiques et sociaux du théâtre d’aujourd’hui, et évidemment cet aspect est une des préoccupations des enseignant·e·s-chercheur·se·s. Ensuite, le ThéâtredelaCité souhaite aller à la rencontre d’un public de non-habitué·e·s des salles de théâtre et le laboratoire cherche à aller à la rencontre de ce que nous nommons, dans le jargon, des « non-spécialistes » afin de rendre la recherche plus accessible. C’est de cette envie que sont nées les rencontres UniverCité par exemple (prochain rendez-vous, UniverCité #6, le 25 novembre prochain).

Quelle ouverture envisagez-vous avec le ThéâtredelaCité ?

Je travaille actuellement à une proposition de projet sur le théâtre étasunien dans le cadre des appels de l’Agence Nationale de la Recherche. Nous sommes parti·e·s du constat qu’en dépit de la prédominance culturelle des États-Unis en France, le théâtre américain restait sous-représenté. Il y a des raisons esthétiques, politiques et économiques à cela et l’objectif est de les cerner afin de préciser les spécificités culturelles du théâtre des deux côtés de l’Atlantique et d’envisager de donner plus de visibilité au théâtre étasunien sur nos scènes. Le projet est pensé avec différents partenaires universitaires et artistiques dont le ThéâtredelaCité afin de croiser les perspectives théoriques et pratiques. Nous avons alors évoqué la mise en place de rencontres ou d’ateliers avec des artistes français·e·s et américain·e·s, l’organisation de temps de partage sur des thématiques spécifiques afin de croiser nos savoir-faire. Le projet est en construction et c’est très enrichissant d’avoir le ThéâtredelaCité comme interlocuteur. L’équipe fait preuve d’une grande générosité en partageant ses connaissances de terrain, et d’une vraie curiosité quant à l’approche scientifique que les universitaires peuvent apporter. C’est un véritable plaisir que de travailler avec le ThéâtredelaCité car toute collaboration s’inscrit dans une dynamique de réciprocité ce qui est très stimulant.