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Édito Printemps 2022

Dans les deux décennies qui viennent de s’écouler, nous avons été les témoins d’une démocratisation de l’espace virtuel jamais vue auparavant. À travers l’existence des réseaux sociaux, chacune a pu faire l’acquisition d’une plateforme de représentation. Ce privilège nous a obligés à inventer notre propre image pour le monde. Ainsi nous sommes devenus à la fois l’auteur et l’objet de notre propre représentation. Bienvenue donc dans le monde de la performance !
En effet, depuis leur émergence, les stratégies performatives ont pour objectif de déstabiliser le spectateurrice à travers la provocation pour lela faire sortir de son mode habituel de perception. Montrer la nudité, la fragilité de la matière est une arme bien connue dans l’univers de la Performance. Mais aujourd’hui cette arme nous paraît de plus en plus obsolète, surtout quand la matière et les émotions sont exposées sans gêne dans le monde virtuel. Comme si l’intimité était devenue une simple posture, une « attitude » comme on dit en anglais. Et il devient très difficile de se sentir authentique dans une logique guidée par l’exhibitionnisme. L’expérience théâtrale, elle, reste toujours marquée par une rencontre entre des gens vivants (et non virtuels) et cela cache une possibilité d’authenticité sans pareille. Elle n’est jamais acquise, les artistes la cherchent sans cesse et cela devient un processus. Jamais une finalité. Si l’avant-gardisme dans l’art résidait dans la révélation de l’intime, aujourd’hui, cette nouvelle intimité devrait se chercher un peu moins dans le monde spectaculaire des médias, des réseaux sociaux et des séries, et un peu plus dans la rencontre en temps réel (qui s’oppose à ces ersatz de vie.)
Je vous remercie pour votre fidélité et je vous souhaite des moments d’émerveillement dans cette quête d’une intimité proactive.