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NÉMÉSIS

Le choix de l’Homme face au mal

Tiphaine Raffier est comédienne, metteuse en scène et autrice. Pour sa dernière création, Némésis, du nom attribué à la déesse mythologique de la vengeance, elle a adapté un matériau fictionnel puisé dans le dernier livre éponyme de Philip Roth, grand écrivain juif américain disparu en 2018. Une œuvre forte, à l’ironie mordante, que la metteuse en scène nous propose d’explorer là sous une forme hybride, musicale et chantée.

SOUS LE DRAME…

Bien sûr on n’en fera pas l’économie, Philip Roth n’a rien d’un auteur léger et Némésis brasse des thèmes majeurs (notamment la question du choix de l’Homme face au mal) qui ont habité toute son œuvre : son héros, Bucky Cantor est réformé pour sa mauvaise vue et ne part pas avec ses camarades mourir sur les plages normandes en août 1944. Rongé par la culpabilité, il reste directeur sportif dans la petite ville de Newark (Roth était natif de cette bourgade qui devient dans ses romans un condensé métaphorique des
petitesses et des névroses américaines) et met toute son énergie à inculquer aux jeunes garçons dont il a la charge, la virilité et le sens du courage dont il aurait voulu pouvoir faire preuve. Or une épidémie de polyomiélite, dont le bon
sens local ne sait pas qui rendre responsable (les moustiques, les italiens ou Dieu lui-même ?), se répand et fait des morts parmi les enfants. Pour Cantor, c’est soudain la preuve de l’absence de justice dans le chaos du monde et la dernière
horreur sur laquelle viennent se fracasser les illusions de l’american dream. Mais peut-être va-t-il trouver l’occasion dans ce contexte de devenir enfin le héros qu’il aurait voulu être ?

… LE GLAM !

En contrepoint de la noirceur philosophique du propos, Tiffaine Raffier offre des réponses formelles qui font passer le récit du romanesque au scénique. L’histoire s’incarne et les personnages prennent l’épaisseur d’une vie humaine. Pluridisciplinaire, le spectacle met en scène une troupe élargie (une vingtaine de personnes en scène et même un chœur d’enfants) qui non seulement joue, mais chante et danse au plateau.

Le spectacle prend des airs de comédie musicale d’un nouveau genre où se télescopent la gravité et le regard sans concession de Philip Roth sur ses concitoyens.

Confiée à la compagnie de création lyrique Miroirs étendus, la partition musicale s’inscrit dans la droite ligne de sa conception très moderne de l’opéra et de son expérience des
formes théâtrales chantées, à mi-chemin entre le texte et le récital. Arrangements sonores, chansons, chorégraphies collectives (sous la houlette de Pep Guarrigues), créations vidéo… le spectacle prend des airs de comédie musicale
d’un nouveau genre. La gravité et le regard sans concession de Philip Roth sur ses concitoyens se télescopent au cœur d’une scénographie dynamique.

© Simon Gosselin
 
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