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À venir
 

Le Firmament

Texte
Lucy Kirkwood
Traduction
Louise Bartlett
Mise en scène
Chloé Dabert

Distribution

Texte
Lucy Kirkwood
Traduction
Louise Bartlett
Mise en scène
Chloé Dabert
Avec
Elsa Agnès, Sélène Assaf, Coline Barthelemy, Sarah Calcine, Bénédicte Cerutti, Gwenaëlle David, Brigitte Dedry, Marie-Armelle Deguy, Olivier Dupuy, Andréa El Azan, Sébastien Éveno, Aurore Fattier, Asma Messaoudene, Océane Mozas, Léa Schweitzer, Arthur Verret
Assistanat à la mise en scène
Virginie Ferrere
Scénographie
Pierre Nouvel
Création costumes
Marie La Rocca
Création lumière
Nicolas Marie
Création son
Lucas Lelièvre
Régie générale
Arno Seghiri
Ateliers décors
Ateliers du Théâtre de Liège
ateliers costumes
Peggy Sturm, Magali Angelini, Bruno Jouvet

Production Comédie – CDN de Reims

Coproduction Théâtre de Liège – DC&J Création, Comédie de Caen – CDN de Normandie, Théâtre Gérard Philipe, Centre Dramatique National de Saint-Denis, Scène nationale du Sud-Aquitain, ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie, Le Parvis – scène nationale de Tarbes-Pyrénées, Le Quai – CDN Angers Pays de la Loire

Avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral de Belgique et de Inver Tax Shelter.

Avec le soutien du CENTQUATRE-PARIS

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National.

L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté.

Informations

Durée estimée 3h (entracte inclus)

Saison À venir
Théâtre

Résumé

Le Firmament est un drame se déroulant en 1759, en Angleterre.
Alors que tout le pays attend la comète de Halley, Sally Poppy, une jeune domestique dont la vie n’a été que pauvreté et corvées, est condamnée à la pendaison pour le meurtre particulièrement violent d’une fillette, enfant d’une puissante famille de notables d’une petite ville de province. Cette jeune femme qui rêvait d’une existence différente, a été reconnue coupable – avec son amant.
Quand elle prétend être enceinte, un jury de douze femmes est réuni : celles-ci sont alors exemptées de leurs tâches ménagères quotidiennes et convoquées au tribunal pour décider si l’accusée dit la vérité ou essaye d’échapper à sa mort en affirmant attendre un enfant, ce qui commuerait sa peine en exil en Australie. Selon la loi, même si l’enfant n’est pas encore né, il est considéré comme un être vivant qui ne peut être coupable du crime de sa mère.
Ce jury populaire est composé de femmes de la ville de conditions différentes : l’une s’inquiète de pouvoir rentrer à temps pour planter des poireaux, une autre de ses bouffées de chaleur, une est stérile, une autre a eu 21 enfants, etc. Seule la sage-femme Elizabeth Luke est prête à défendre l’accusée, tout en savourant la rare opportunité pour des femmes d’avoir un pouvoir décisionnaire sur les événements dans un monde habituellement dicté par les hommes. Que faire alors de ce « pouvoir » dont on n’a pas l’habitude ? Le prendre, s’en remettre à d’autres, ou essayer de l’exercer selon ses critères personnels en essayant de prendre en compte une justice globale ?
Ensemble, alors qu’une foule s’insurge et réclame une sévère condamnation sous les fenêtres de ce tribunal à huis-clos, elles débattent et luttent, aux prises avec leur nouvelle autorité éphémère, sous le seul regard d’un homme de justice qui n’a ni le droit d’intervenir ni même de parler, tout en laissant émerger des récits de vie.
Entre anecdotes sans filtres et débats sur la politique de colonisation qui gagne le pays, avec humour et rage, se règlent des querelles de village et des conflits de classes dans une langue tant archaïque que contemporaine.

Note d'intention

Après avoir créé quatre pièces de Dennis Kelly, désireuse de continuer mon exploration des dramaturgies britanniques, j’ai dirigé en octobre 2019 un laboratoire de recherche sur les écritures de Lucy Kirkwood et Caryl Churchill. Durant ces quelques semaines, la filiation entre ces deux autrices devenait chaque jour plus évidente : de Martin Crimp à Dennis Kelly, Churchill est la « mère » de toute une génération ; Lucy Kirkwood en est l’héritière et s’inscrit dans la continuité et la réinvention d’un rapport à l’écriture où la forme a autant d’importance que le fond.

La langue de Kirkwood se nourrit donc de cette tradition mais également des nouvelles écritures scénaristiques empruntées au cinéma ou à la télévision : une langue libre, faite de brutalité, d’humour et de modernité. J’ai été particulièrement séduite par la finesse des rapports entre les personnages et la façon dont l’humour finit toujours par nous amener vers le drame.

Lucy Kirkwood dit, en parlant de son travail : « Pour moi, l’élément le plus important de tout type de théâtre est la métaphore. Je pense donc qu’il est possible de parler de grandes questions, à la condition de faire appel à son art, de faire de sa pièce autre chose qu’un pamphlet, sinon ce ne sera pas une expérience théâtrale particulièrement édifiante ».
C’est ce à quoi je suis particulièrement sensible et attentive dans tous les textes que je choisis. Je suis davantage intéressée par un texte dont les entrées sont multiples et qui nous raconte d’abord une histoire avant de chercher à nous délivrer un message.

Le Firmament est donc d’abord un scénario extrêmement bien construit, l’humour y est omniprésent, le suspens également, et l’émotion vient nous cueillir à la fin, après nous avoir laissé croire que l’histoire ne se finissait pas si mal malgré tout.

C’est aussi, ce qui n’est pas si courant, la volonté de réunir sur un grand plateau un groupe de 13 actrices d’âges et d’origines différents – Lucy Kirkwood précisant en préambule de son texte que « les matrones peuvent être de toutes origines ; il est même essentiel que le groupe reflète la population actuelle de l’endroit où la pièce est jouée ».

Car, bien que la pièce se déroule en 1759, elle fait subtilement entendre des résonances contemporaines : justice, déterminisme, passé colonial, patriarcat, place des femmes, de leur corps, tabous sur la maternité, bonne conscience de la classe dominante, haine du peuple envers les plus riches, nationalisme… ; tant de sujets et de questions qui traversent les débats d’aujourd’hui et sont au coeur de ce drame peut-être plus intemporel qu’il ne le semble.

Lucy Kirkwood inscrit donc la petite histoire dans la grande. Telle une anthropologue, elle tisse des liens entre les temps et les lieux, nous rappelant que nous sommes dans une révolution perpétuelle, comme celle que la comète Halley entreprend au sein de l’univers et qui est à sa périhélie au moment du procès de Sally.

Chloé Dabert, avril 2020

Extrait

CHARLOTTE
– Alors nous sommes désormais huit contre quatre.

JUDITH
– Mais on doit y être toutes les douze.

ANN
– Comment procède-t-on ?

ELIZABETH
– Personne d’autre ne souhaite changer d’avis pour laisser à la fille le bénéfice du doute ?

EMMA
– Pourquoi ?

ELIZABETH
– Parce qu’elle a été condamnée à être pendue sur la parole d’un mari cocu. Parce que chaque carte qu’elle a eue en mains aujourd’hui et depuis des années était mauvaise parce qu’elle a été condamnée par des hommes qui prétendent être sûrs de choses dont ils sont parfaitement ignorants, et maintenant on est assises là à les imiter, à essayer de rendre gouvernable une chose ingouvernable, je ne vous demande pas de l’apprécier. Je vous demande d’avoir de l’espoir pour elle, afin qu’elle sache qu’elle en mérite de l’espoir. Et si vous ne pouvez pas le faire pour elle, pensez alors aux femmes qui seront dans cette pièce quand la comète reviendra, et comme elles trouveront nos esprits inflexibles, comme elles auront honte, qu’on nous ait accordé notre propre autorité et qu’on en ait fait l’exacte copie de ce qui se passe en bas.
(…)
S’il vous plaît. Toute cette affaire est une farce. On a froid, faim, sommeil et soif et on a toutes des choses à faire à la maison. Peg ne fait pas confiance à la fille parce qu’elle est pauvre, tandis que sa pauvreté inspire de la sympathie à Helen, Kitty et Hannah la croient victime d’un coup de la comète mais ne lui témoignent pas de pitié pour autant, Charlotte est une étrangère qui est arrivée déjà décidée, Sarah Hollis ne parle pas, Ann n’a pas dormi une nuit complète depuis trois ans, Mary, pardon ma chérie, ne sait pas sa gauche de sa droite, Emma tient plus à des noix de muscade qu’à la vie même, la pauvre Judith meurt de chaud pendant que nous autres on meurt de froid et on est toutes à moitié préoccupées à se demander qui va nourrir les enfants et si le chien a volé la crème.
C’est un piètre appareil de justice. Mais c’est tout ce qu’on a. Cette pièce. Le ciel derrière cette fenêtre et notre propre dignité en-dessous. Le point de vue de Mary compte autant que celui de Charlotte, et ensemble nous devons parler d’une seule voix. Il nous est presque impossible de prendre la bonne décision.
Mais n’allons-nous pas essayer ?